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La grande cornemuse écossaise au XXIème siècle

ASCAULE
avec un seul bourdon
Musée d'Édimbourg

Descriptif de l'instrument  actuel :

- une poche (bag) en peau ou en matière synthétique (ou un mélange des deux),
- une housse (coverbag) passée sur la poche, aux couleurs du clan (tartan),
- cinq souches (stocks) fixées dans la poche et accueillant : le blowpipe (porte-vents et sutell) servant à insuffler l'air dans la poche, le chanter (levriad, chalumeau) où se joue la mélodie, les trois bourdons (drones) jouant uniquement la note de base du chanter (Si bémol en valeur absolue); ces tuyaux (pipes) et souches sont réalisés en bois d'ébène la plupart du temps,
- les anches (reeds) installées dans les tuyaux et mises en vibration par l’air de la poche sont soit doubles (deux lamelles vibrantes) en roseau pour le chanter (voir image à gauche), soit simples (une seule lamelle battante), souvent en matière synthétique, pour les bourdons.

Tout l’art du joueur de cornemuse (piper) consiste à trouver et maintenir un équilibre de pression d’air entre ces éléments pour délivrer un son juste et stable, donnant à l’instrument toute sa majesté. Cela suppose un choix rigoureux des anches, un entretien régulier de l’instrument et beaucoup de travail personnel, le tout pour un plaisir de jeu incomparable.
Je joue avec une cornemuse McCallum, couverte d'une housse à mes couleurs (tartan MacLeod Of Lewis) ou parfois au tartan Royal Stewart, du nom de la famille royale d'Écosse dont la lignée remonte aux Steward de Dol de Bretagne et d'Écosse (titre du XIIème siècle).

Symbole des peuples celtes, instrument emblématique des clans des Highlands, la singularité et la puissance de la cornemuse écossaise l'ont presque conduite à la conquête du monde grâce à un paradoxe de l'Histoire : un temps interdit car représentant la résistance écossaise, le Great Highland Bagpipe (*) a finalement été adopté par les régiments du Royaume-Uni qui ont ainsi contribué à le répandre à travers la planète…
                                                                               (*) grande cornemuse des Highlands

Éric Mac Lewis - La Cornemuse écossaise des Highlands (pìob-mhór)

En Écosse et au moins sur le continent européen, la cornemuse est dotée au départ d'un seul bourdon : le ténor qui joue une octave en-dessous du chanter (donc plus grave que ce dernier), comme sur le modèle dit « The Bannockburn Bagpipe of Menzies » (voir image ci-dessous), censé avoir été employé à la bataille de Bannockburn (1314).
La cornemuse écossaise allait connaître une évolution originale qui en fera un instrument différent des autres : à partir des XIVème-XVème siècles, elle adopte un second bourdon ténor, comme sur le modèle conservé au Musée d'Édimbourg et daté de 1409 (voir image ci-dessous).
Puis, au XVIIème siècle, on ajoute un bourdon basse (le plus grand bourdon), jouant deux octaves plus bas que le chanter, donnant ainsi à l'instrument la structure qu'on lui connaît aujourd'hui.
Il s’agit d’un instrument diatonique (comme la plupart des instruments celtiques) qui présente une gamme construite selon un tempérament inégal et une tonalité en SI bémol.
Cet instrument emblématique de la région des Highlands en Écosse a été introduit en Bretagne à la fin du XIXème siècle puis adopté par les bagadoù au lendemain de la seconde guerre mondiale, en remplacement de leurs binioù bras d'architecture similaire.

Un peu d'histoire   

Les origines de la cornemuse se perdent dans un lointain passé commun à de nombreux peuples.
Il semble logique de penser que le principe ayant contribué à la naissance de cet instrument (la recherche d'un son continu) soit apparu un peu partout dans le monde, ne serait-ce qu'au bénéfice des danseurs de toutes époques.
Ainsi, l'ascaule, instrument de la Grèce antique d'origine syrienne ou babylonienne, est déjà une vraie cornemuse, avec sa poche et ses tuyaux (voir ci-contre).
Si certains prétendent que la cornemuse fut introduite en Écosse par les légions de Rome, il est tout aussi probable qu'elle ait été également inventée dans le monde celte voire par des peuples antérieurs aux Celtes.
À ce propos, des fouilles réalisées dans la région de Wicklow en Irlande (*) ont permis d’exhumer les restes possibles d’une cornemuse datant du 3ème millénaire avant notre ère - donc bien avant les périodes celtique puis romaine - et pouvant ressembler à un assemblage de bourdons : voir image ci-contre.
Par ailleurs, l'analyse du génome d'une femme vivant il y a 5200 ans près de l'actuelle Belfast a révélé des origines du Proche-Orient à hauteur de 60%; ceci souligne la réalité d’une immigration qui a contribué à la naissance de l’agriculture sur les futures îles celtiques. Les migrants ont, en plus des céréales et de leur technique, obligatoirement emmené leurs instruments de musique qui ont pu progressivement fusionner avec les instruments autochtones.
Beaucoup de choses restent donc à découvrir, tandis que d'autres resteront sans doute plongées dans l’oubli, avant de s’accorder sur l’origine de la cornemuse au moins dans les pays celtiques.
En tout cas, si les matériaux utilisés et la forme générale de l'instrument diffèrent selon le pays, le principe de fabrication d’une cornemuse reste partout le même : attacher des tuyaux (pipes) en bois à une poche en peau (bag) servant de réserve d’air.
Les cinq tuyaux (pipes en anglais) de l'actuelle cornemuse écossaise servent à : (1) gonfler la poche avec le blowpipe (2) jouer la mélodie sur le tuyau nommé chanter avec (3) un accompagnement harmonique produit par les trois bourdons (drones) disposés sur l’épaule gauche du musicien.
Le chanter (tuyau mélodique) ainsi que les bourdons émettent leurs sons grâce aux anches, lamelles en roseau ou synthétiques, simples ou doubles, qui vibrent avec l'air mis sous pression s'échappant de la poche.

Ascaule

Bourdons (?) en if
(Wicklow-Irlande)

(*) Margaret Gowen
& Co. LTD.

Bannockburn Bagpipe of Menzies (XIVème s. ?)

Cornemuse à deux bourdons (1409)

Cornemuse actuelle

Royal Stewart Modern

Anche (double) de chanter